En France, la mesure des décès liés à la route présente un caractère exhaustif à travers leur enregistrement dans le fichier BAAC, a contrario du nombre de blessés. En effet, pour les accidents moins graves, les forces de l’ordre (police et gendarmerie nationales) ne sont pas systématiquement appelées, et ils ne sont donc pas enregistrés dans le fichier BAAC.
Le projet TARPON propose ainsi de construire un outil de surveillance et de recherche sur le traumatisme lié aux accidents de la route, grâce à l'exploitation des comptes-rendus cliniques (anamnèses). Ce rapport présente une première analyse des victimes d’accidents de la route admises aux urgences du CHU de Bordeaux sur la base d’une exploitation secondaire des données produites par le projet Tarpon (INSERM).
Le mode de déplacement, l’âge et le genre des victimes d’Accidents de la Voie Publique (AVP)
Par mode de déplacement
En 2013, 40 % des victimes d’AVP étaient en véhicule léger. Le développement des modes « doux » a changé le profil des victimes d’AVP. En 2022, les principaux modes de déplacement des victimes d’AVP sont le vélo (34 %), le véhicule léger (29 %) et le deux-roues motorisé (25%).
Ainsi au cours des 10 dernières années, le nombre de cyclistes blessés a fortement augmenté (+ 40 %). Dans le même temps, les nombres de victimes en véhicule léger (VL) ou en deux-roues motorisés (2RM) baissent respectivement de - 34 % et de - 27 % entre 2013 et 2022. À partir de 2018, le nombre de victimes en engin de déplacement personnel (EDP) augmente significativement (avec 11 victimes en 2013, puis 38 en 2018 et 96 en 2022).
Évolution du nombre de victimes d’AVP vues aux urgences du CHU de Bordeaux selon le mode de déplacement (hors EDP, apparus surtout à partir de 2018)

Source : TARPON, personnes blessées venues aux urgences du CHU de Bordeaux, traitement ONISR
Lecture : En 2016, le nombre de victimes d’AVP ayant pour mode de déplacement un véhicule léger a baissé de - 12 % par rapport à l’année 2013.
Selon l'âge et le sexe
Entre 2021 et 2022, la classe d’âge 18-24 ans représente un enjeu particulier pour les deux sexes, soit près de 1/3 des victimes d’AVP (1 363). Les hommes sont surreprésentés pour toutes les classes d’âges. Il y a 2,1 fois plus d’hommes âgés entre 25 et 34 ans victimes d’AVP que de femmes.
Parmi les 1 561 femmes victimes d’AVP entre 2021 et 2022, 1/3 ont entre 18 et 24 ans (510), 23 % ont entre 25 et 34 ans.
Entre 2021 et 2022, 43 % des victimes d’AVP de 75 ans et plus ont pour mode de déplacement un véhicule léger, 32 % sont des cyclistes et 24 % des piétons, 43 % des victimes de 75 ans et plus sont des femmes.
Répartition des victimes d’AVP vues aux urgences du CHU de Bordeaux en fonction de leur âge et de leur sexe (2021-2022)

Source : TARPON, personnes blessées vues aux urgences du CHU de Bordeaux, 2021- 2022, traitement ONISR
La gravité des blessures
Entre 2014 et 2022, 45 % des victimes d’AVP admises aux urgences ont des blessures de gravité moyenne. Cette part diminue depuis 4 ans, passant de 47 % en 2019 à 37 % en 2022.
En parallèle, la proportion des blessures les plus graves (gravité forte), en moyenne égale à 20,5 % sur la période, est passée de 21 % à 25 % entre 2019 et 2022.
L’année 2014 est marquée par un nombre important de victimes d’AVP ayant des blessures.
Répartition du mode de déplacement des victimes d’AVP selon la gravité des blessures en 2014 et en 2022

Source : TARPON, personnes blessées venues aux urgences du CHU de Bordeaux, 2014 et 2022, traitement ONISR
Le développement des modes de déplacements doux (piétons, vélo, EDP) a eu un impact sur la gravité des blessures. En 2022, on compte 126 cyclistes ayant eu des blessures de gravité forte contre 27 en 2014. À partir de 2018 on constate l’apparition de victimes en EDP. En 2022 on compte 96 usagers d’EDP victimes d’AVP soit 29 de plus qu’en 2019, parmi eux 15 ont des blessures de gravité forte contre 7 en 2019.
Équipements de sécurité et gravité des blessures
La notion de port du casque est une information renseignée dans 56% des anamnèses concernant les EDP, les vélos et les deux-roues motorisés.
Entre 2013 et 2022, le taux de port du casque augmente continuellement avec l’âge, il est maximal pour les cyclistes âgés de 75 ans ou plus et est à son minimum pour les 18-24 ans (28 % contre 64 %).
Sur les 5 derniers années (2018-2022), parmi les victimes d’AVP, le taux du port du casque est en moyenne à 23 %. On constate une baisse de -16 % du port du casque entre 2018 et 2022 parmi les cyclistes victimes d’AVP.
Répartition des victimes d’AVP selon la gravité des blessures et le port d’équipements de sécurité, sur la période 2013-2022

Source : TARPON, personnes blessées venues aux urgences du CHU de Bordeaux, 2013-2022, traitement ONISR
Entre 2013 et 2022, parmi les victimes accidentées, 34 % des usagers d’EDP , 39 % des cyclistes et 94 % des usagers de 2RM étaient casqués. Pour les usagers de VL, 91 % étaient ceinturés.
La gravité des blessures est plus importante pour les usagers de vélo et d’EDP sans casque. Pour chaque mode de déplacement, le taux d’utilisation d’équipements de sécurité est supérieur de 1 à 3 points pour les victimes de gravité faible ou moyenne par rapport aux victimes de gravité forte.